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Chapter Harley
Plaine de France

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"Contemplant le foulard de la passagère qui me précédait, la bannière étoilée flottant au vent, je me disais que ceci était rendu possible grâce à EUX...et que notre LIBERTE avait été à ce prix... Mais laissez moi revenir à la genèse de notre histoire...

Que c'est beau le Nord...sous le soleil ! Et quel merveilleux trajet ! Notre rendez-vous à Baillet ce dimanche 18 mai commençait sous la meilleure augure et nous promettait une fois encore une journée mémorable. Le debrief sécurité fut encore un grand moment mélangeant drôlerie et sérieux. Il faut venir au moins une fois pour entendre ces instructions sérieuses toujours utiles, données sur le ton de l'humour et ponctuées de railleries amicales et de réflexions salaces. Un régal !

La ville de Beauvais atteinte par une nationale agréable à rouler nous nous enfoncions dans la campagne en direction de Breteuil pour prendre au Nord vers Arras. Quel bonheur ces petites routes au milieu des champs de blé et céréales variées, de colza et de coquelicots. Les éoliennes, immobiles semblaient nous accueillir dans leurs bras immenses et nous aurions pu passer pour des petits poucets, cheminant ça et là dans la chevelure de géants blonds...Au détour d'un virage nous découvrions tour à tour un clocher qui semblait avoir été dessiné en filigrane tel une dentelle de Calais, un autre tellement doré qu'on aurait cru au loin un écu tombé de la poche de Gulliver...Et que dire de ce monument aux morts surmonté d'un ange si blanc qu'on l'aurait cru de marbre...Les morts, ils nous accompagnaient sur le chemin, lorsque nous longions tous ces cimetières Australiens, Anglais ou Canadiens, posés comme de petits napperons au milieu des champs, certains ressemblant à des temples grecs, d'autres d'une simplicité touchante. Et leur présence donnait de la gravité à la notre. Nous entrions en territoire de guerre...Elle était derrière nous la douce étape au "Bar de l'écluse" où nous avions partagé la pause café-panaché ! On ne pouvait comparer notre présence bruyante et invasive dans ce petit bar improbable allongé au bord de l'eau à une scène digne d'être le lieu de tournage d'un épisode de "L'homme de Picardie" !

Encore quelques kilomètres sinueux dans cette si belle campagne et nous nous trouvions projetés en moins de temps qu'il ne faut pour le dire au centre d'Arras. Quel choc ! La place principale est majestueuse ! Très grande, rectangle, entourée de maisons typiquement flamandes perchées sur des arches portés par des colonnes de pierre si fines ! Et tous ces pavés ou malgré la difficulté à garder nos guidons stables, il est malgré tout préférable de passer chaussés en pneus Harley plutôt qu'en talons aiguille...

Vint le déjeuner dans un très beau et bon restaurant, doté d'un sous-sol vouté typique de l'architecture locale. Nous pouvions nous y défouler, parler fort, et apprécier un excellent repas. Et l'heure sonna de regagner le but ultime de notre Run dominical : "Les carrières de Wellington". Non, il ne s'agit pas de carrières à ciel ouvert, où les Caterpillar arrachent à la falaise une craie précieuse, mais il s'agit de mines, exploitées pour la construction de bâtiments au 17e siècle puis abandonnées une fois la mode du calcaire passé...Ce qui devait faire renaitre ce lieu à la fois magnifique et chargé d'histoire, est le cataclysme humain que fut la première guerre mondiale. Un travail de titan fut effectué par les 500 tunneliers australiens, creusant à la main à coups de pioches durant 6 mois un réseau de tunnels de 19 kilomètres sous la ville d'Arras qui devait rallier toutes les carrières de la région les unes aux autres. Dans quel but ? Celui d'héberger durant une semaine 24.000 soldats britanniques et australiens, cachés sous terre à la barbe de l'ennemi allemand et dont le but était de faire diversion pour permettre aux français une offensive à Verdun et faire reculer le Germain. Vous connaissez la suite..., l'horreur du Chemin des Dames et le carnage qui s'en suivi...Mais qui sait qu'à Arras, 24.000 jeunes anglais et australiens se sont battus pour nous jusqu'à la mort ? Leurs visages projetés sur grand écran le long des parois calcaires, la lecture de leurs textes avant la rencontre ultime de la faucheuse au petit matin, la résonnance et l'atmosphère de ces salles sous-terraines voutées, ces dessins au crayon à même la craie, figés depuis 100 ans et dont certains sont décalés dans de telles circonstances mais en disent long sur l'humour des concitoyens de la perfide Albion, tout ceci nous emportait dans une vague d'émotion qui ne laissait plus passer que quelques pointes d'humour...Malgré la photo de groupe prise dans la bonne humeur, la remontée par l'ascenseur paraissait plus calme que d'habitude...peut-être l'effet de la fatigue...

Mais nous sommes entourés de solides caractères ! La lumière du soleil revenue et nous à la surface, les langues se déliaient. Voyant les membres du premier groupe couchés sur la pelouse parmi les pâquerettes, il était pourtant difficile d'oublier si vite ces pauvres erres couchés un siècle plus tôt.

Mais revenons à nos jours heureux ! Tellement heureux ! Cependant parfois parsemés d'impondérables et de nouveau plongés dans la réalité du moment il nous fallait trouver comment dépanner notre pauvre ami dont le pneu arrière avait eu la mauvaise idée de crever...Et là, fidèle à une solide amitié et solidarité, notre groupe faisait au mieux pour accompagner pas à pas notre camarade sur le chemin du retour. Le soleil se couchait à l'horizon, la douce chaleur s'estompait, le foulard de la passagère flottait au vent et oui, c'est grâce à EUX que nous pouvions chevaucher en toute LIBERTE. LIBERTE, LIBERTE CHERIE..."

 

Florence